Effondrement #2 : le chercheur et l’ingénieur.

L’hypothèse de l’effondrement de nos sociétés est-elle recevable ?

Mais au juste, de quoi parle-t-on ? A quoi le terme « effondrement » fait référence exactement ?

L’image d’un « effondrement » évoque différents scénarios dans nos imaginaires. Comment y voir clair ?

La définition que je prend ici sera celle utilisée par l’auteur dont je vais parler un peu dans cet article, Pablo Servigne, citant lui-même l’ancien ministre Yves Cochet.

« Processus à l’issu duquel les besoins de bases (eau, alimentation, logement, habits etc.) ne sont plus fournis à un coût raisonnable à une majorité de la population par des services encadrés par la loi. »

Nous ne parlons donc pas ici de fin du monde, ni d’apocalypse, ni d’extinction de l’humanité mais bien de l’effondrement d’un système, celui de nos sociétés actuelles : d’une « simplification » du système. Une notion subtile et complexe, assez loin d’un imaginaire apocalyptique brutal et instantané.

Une notion qui se travaille « au corps », c’est-à-dire avec, en appui, beaucoup de documentation scientifique fiable. Une notion qui s’analyse « comme » on analyserait un phénomène extérieur à nous, avec toutefois une nuance : l’analyseur est directement concerné par ce qu’il analyse.

Pourquoi j’en viens à parler d’effondrement ?

N’est-ce pas curieux de voir ce titre arriver sans prévenir, en plein milieu d’articles sur la conscience ?

Il y a quelques semaines, dans mon fil d’actualité YouTube, je suis tombé sur une vidéo qui s’intitulait  :

« Les jeux-vidéos vont-ils disparaître ? »

(toutes les sources mentionnées dans cet article sont regroupées en bas de la page)

Titre étrange, non ?

Comment du divertissement comme le jeu vidéo peut-il disparaitre ? Un jeu vidéo, c’est de l’informatique, rien d’autre ; des métaux, des composants, et du génie logiciel. Va-t-on parler économie, choix politiques, financement du média vidéoludique ?

Je lance la vidéo.

Ah : et bien… ce n’est pas ce que j’imaginais !

D’abord surpris par les intervenants cités dans le documentaire – il est vrai que quand on entend pour la première fois Jancovici (un polytechnicien qui conseille des entreprises et l’état sur le sujet) parler climat, on se rend compte avec amusement qu’on est assez loin du discours « rassurant » habituel (disons le discours qui va dans le sens du courant : ça va peut-être pas très bien, mais ça va mieux qu’hier, et moins bien que demain, la croissance sera infinie, tout ira bien, dormez tranquille) – je me suis mis à chercher, à croiser les sources, à visionner, à lire des avis de gens très différents.

Tous partagent le même avis, économiquement, écologiquement, mais surtout énergétiquement (au sens de l’énergie physique, du pétrole, gaz, charbon…) : le système est très instable. Ce n’est pas vraiment un scoop, mais envisager les conséquences pratiques, les implications et prendre un peu de hauteur sur le tableau global est une autre affaire.

Lancer par exemple, à la Cité des Sciences, que

« Les +2°C [ndr : l’objectif d’augmentation de température moyenne limité à 2°C] : c’est organiser une récession massive. »

Et passer une heure trente à démontrer physiquement pourquoi la question du climat est bien plus problématique que ce qu’on pourrait penser, et qu’on ne peut la résoudre si facilement ; et bien, cela pose question… pour nos générations à nous.

Mais surtout, on entend parfois telle ou telle nouvelle sur le climat, prise isolément, on peut avoir tendance à penser que la transition est en marche vers un monde meilleur. Que l’humanité dans son ensemble a compris et s’est lancé dans la bonne direction. Il y aura des énergies renouvelables partout !

Un des problèmes pointé par Jancovici, c’est que les chiffres et les lois physiques disent autre chose. Les courbes mathématiques disent autre chose. Les stocks de minerais pour produire ces énergies renouvelables en masse, le pétrole nécessaire à leur conception disent aussi autre chose. Les taux énergétiques d’extraction [ndr : l’énergie nécessaire pour aller chercher le pétrole est toujours croissante – il faut du pétrole pour trouver du pétrole ; il faut aussi du pétrole pour construire des éoliennes, il faut du pétrole pour construire les batteries pour stocker l’énergie intermittente…] disent autre chose.

Notre dépendance au pétrole est immense et quotidienne.

Sur les solutions, leurs avis divergent par contre énormément : du tout nucléariser pour réduire l’empreinte carbone au « brace for impact » en passant par les petits système autonomes résilients décarbonés : sur ce point, je n’élaborerai pas. Le débat est immense, souvent passionné : ce qui m’intéresse ici, c’est le constat froid.

Y voir clair, je me suis dis que c’était peut-être ça, un première ligne de mire à viser.

« Comment tout peut s’effondrer ? Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes » est un livre dont les coauteurs se nomment Pablo Servigne et Raphael Stevens.

 

Servigne est un ingénieur agronome et docteur en biologie de formation, chercheur indépendant aujourd’hui, et Stevens un chercheur indépendant, entre autre co-fondateur d’une agence spécialisée en biomimétisme et d’une O.N.G.

Ce livre est de ceux qu’on ne peut pas oublier si vite, de ceux qu’on ne peut ignorer facilement ni balayer d’un « mais ça ira, t’inquiètes, on va trouver quelque chose ». Cette phrase impliquerait qu’il n’y ait qu’un problème, ou que des problème indépendants. Or, il n’en est rien, et la démonstration est expliquée dans le bouquin. Démonter cette dernière demandera plus qu’une solution toute faite envoyée sur un coin de table tant les intrications sont nombreuses et les données brutes parlantes.

Tout le système Terre – nous et nos organisations y compris – est imbriqué d’une manière très complexe et le décrire demande déjà beaucoup d’approches transdisciplinaires (biologie, économie, sociologie… ) ; beaucoup de regard croisés pour commencer à cercler ce qui se passe.

Il faut dire que le travail, dans ce livre qui n’est pourtant qu’un « effleurage du sujet » – des mots de l’auteur – est énorme : 1500 articles scientifiques, 200 bouquins rassemblés. Ils se définissent eux-même en rigolant comme des « bibliopathes », en référence à leur énorme et continuel travail de recherche de sources bibliographiques sérieuses. Le tome 2 est en cours d’écriture à l’heure où j’écris ces lignes.

L’ouvrage se lit pourtant très facilement, et pose factuellement et très lucidement, sur des bases solides et chiffrées, l’état des lieux, sans jamais verser dans le pessimisme, ni l’optimisme, ni aucun courant idéologique (comme le survivalisme par exemple). En fait, il ne propose aucune solution.

Il parle de ce qui est souvent ignoré ou mis de côté, comme le côté non linéaire de ce genre d’évolutions, ou le côté inter-connecté du système Terre, et l’existence de boucles de rétroaction et d’effets en cascade.

Une boucle de rétroaction, c’est un mécanisme qui s’entretient lui-même.

Un exemple.

Nous avons peut-être déjà entendu parlé du permafrost sibérien, qui commence à dégeler à cause du réchauffement, à cause du CO2. Le permafrost, en simplifiant, c’est de la terre gelée en permanence. Une terre organique, pleine de carbone. Une bombe de carbone en fait, mais en théorie gelée en permanence donc inoffensive.

Mais ce permafrost est entrain de faire mentir son étymologie : il dégèle et donc… libère dans l’atmosphère en cascade les énormes quantité de CO2 contenu dans le sol mais, plus grave, également du méthane (25 fois plus puissant en terme d’effet de serre que le CO2).

Le CO2 et la température moyenne du globe sont liés physiquement : plus il y a de CO2, plus la température est élevée, c’est mécanique. Mais plus la température est élevée, plus le permafrost dégèle… donc plus le CO2 augmente rapidement. Et ainsi de suite…

Et ce n’est qu’un exemple de boucle de rétroaction parmi d’autres. Tout le système-Terre est intriqué dans ces boucles qui nous dépassent manifestement un peu… Puisque très difficiles à prévoir ! Modifier l’acidité des océans par exemple, à cause des taux de CO2 atmosphérique, est une expérience grandeur nature ; et personne ne sait trop dire ce qu’il peut se produire en effet rebond…

Tout se passe comme si l’humain s’était pensé indépendant de son environnement, oubliant sa dépendance très étroite à la survie d’autres espèces que lui, et sa dépendance ultime au bon fonctionnement de la complexité des écosystèmes.

Nous avons peut-être déjà entendu des mots sur les changements de l’océan, de la déforestation, des phénomènes de co-extinction.

Nous avons peut-être déjà entendu parlé de la pénurie prochaine des métaux comme le cuivre, l’argent ou l’indium, matériaux essentiels à la construction de nos ordinateurs, de nos éoliennes, de nos panneaux solaires… et bien sûr du peak oil : le pic d’extraction du pétrole, qui est passé en 2006 au niveau mondial pour le pétrole conventionnel.

Tout cela n’est qu’une toute petite partie du tableau, on réalise avec beaucoup d’inconfort, qu’on ne peut pas s’en sortir si facilement avec une pirouette : « non mais il suffit de… » tant le problème est multi-facette.

Ne parlant que du CO2 par exemple, même si demain, l’humanité arrêtait complètement d’émettre un seul gramme de CO2 (ce qui n’arrivera vraisemblablement pas), le climat continuerait de se réchauffer ; à cause de la fameuse stabilité chimique des oxydes ; à fortiori des dioxydes.

Pablo Servigne décrit lui-même très bien son bouquin :

« Je sais ce que vous pensez : oh encore un livre sur l’effondrement ! Encore un millénariste, on va nous parler des mayas, de l’an 2000, des astéroïdes géants, des mouvements tectoniques…

Ce n’est pas ça.

En fait, on va se concentrer sur ce que les humains savent faire tout seuls. 

(…)

Ça n’est pas un livre destiné à faire peur.

Ça n’est pas un livre pessimiste.

Et ça n’est pas un livre survivaliste !

(…)

Et surtout, ce que j’aime beaucoup, il n’y a pas de solutions. Ce n’est pas un livre avec un dernier chapitre ouvert optimiste, avec des solutions écrites à la va-vite.

C’est juste un livre lucide et bienveillant. »

Je peux ajouter mon son de cloche : il ne ment pas, c’est un bouquin vraiment bien et très bien documenté. J’ai pas mal lu ces derniers temps, ce livre se classe sans aucun problème en haut du classement, même s’il ne concerne pas du tout les domaines de l’exploration de la conscience. Il est assez rare, de mon avis, qu’un livre puisse mettre des mots clairs et des chiffres sur des intuitions ou des ressentis.

Qu’on aime le (ou les) personnage(s) ou pas d’ailleurs ; il serait trop simple de tuer le porteur de mauvaises nouvelles sur une appréciation subjective pour penser qu’il n’y a aucune mauvaise nouvelle objective…


A voir

(Médiapart) Pablo Servigne : Penser l’effondrement de notre monde – 13 juillet 2015

 

(Cité des Sciences) Jean-Marc Jancovici : A quand la rupture énergétique ? – 6 décembre 2017.

 


Annexes

Vidéos

(Thinkerview) Pablo Servigne : Effondrement de la civilisation ? – 23 février 2018

(Point Culture TV) Europe : vers la catastrophe alimentaire ? Pablo Servigne – 18 novembre 2014

(Point Culture TV) Et si tout s’effondrait ? Pablo Servigne et Vincent Wattelet – 24 juin 2017

(Les Déconomistes) Rencontres déconomiques avec Pablo Servigne – 18 juillet 2015

 

(Game Spectrum) Les jeux vidéos vont-ils disparaitre ?

 

Le rapport du GIEC
http://www.ipcc.ch/pdf/assessment-report/ar5/syr/AR5_SYR_FINAL_SPM_fr.pdf

(CNRS) Notre maison brûle et nous regardons ailleurs : le sous-traitement médiatique de la crise de biodiversité
http://www.cnrs.fr/inee/communication/breves/b337.html

Analyse de Jancovici sur le rapport du Club de Rome

https://jancovici.com/recension-de-lectures/societes/rapport-du-club-de-rome-the-limits-of-growth-1972/

 

Livres

Pablo Servigne, Raphael Stivens – Comment tout peut s’effondrer : Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes

Pablo Servigne, Gauthier Chapelle – L’entraide, l’autre loi de la jungle

Jean-Marc Jancovici – Dormez tranquilles jusqu’en 2100 et autres malentendus sur le climat et l’énergie

 

Articles de presse

(The Guardian) Limits to Growth was right. New research shows we’re nearing collapse

https://www.theguardian.com/commentisfree/2014/sep/02/limits-to-growth-was-right-new-research-shows-were-nearing-collapse?CMP=fb_gu

(Le Monde) La 6ème extinction de masse
http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2017/07/10/la-sixieme-extinction-de-masse-des-animaux-s-accelere-de-maniere-dramatique_5158718_1652692.html

(Journal Science et Avenir) L’appel des 15 000 scientifiques pour le climat, le contrôle démographique…
https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/climat/appel-des-scientifiques-pour-le-climat-la-demographie-humaine-est-pointee-du-doigt_118288

(Le Monde) Fin de la planète en 2100 ?
http://ecologie.blog.lemonde.fr/2012/07/27/la-fin-de-la-planete-en-2100/

(Le Monde) Dossier sur le pic pétrolier
http://petrole.blog.lemonde.fr/peak-oil-le-dossier/

(Courrier International) L’effondrement de l’écosystème
https://www.courrierinternational.com/article/2000/11/09/l-effondrement-de-l-ecosysteme

(Libération) Sur les métaux rares (impact écologique)
http://www.liberation.fr/planete/2018/02/01/metaux-rares-un-vehicule-electrique-genere-presque-autant-de-carbone-qu-un-diesel_1625375

(France TV Info) Fonte du permafrost
https://www.francetvinfo.fr/meteo/climat/bulles-souterraines-virus-zombie-et-trous-geants-en-siberie-une-certaine-idee-de-la-fin-du-monde_1573557.html

(Le Monde) Fonte du permafrost
http://www.lemonde.fr/planete/visuel/2017/11/14/le-permafrost-l-autre-menace-climatique_5214735_3244.html

(Le Monde) En Chine, les terre rares tuent des villages
http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2012/07/19/en-chine-les-terres-rares-tuent-des-villages_1735857_3216.html

(Les Echos) Matières premières : ces pénuries en série qui nous menacent
https://www.lesechos.fr/30/06/2015/lesechos.fr/021175052514_matieres-premieres—ces-penuries-en-serie-qui-nous-menacent.htm

 

(Le Monde) La planète a perdu 18 millions d’hectares de forêt
http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/09/03/en-2014-la-planete-a-perdu-18-millions-d-hectares-de-forets_4744568_3244.html

(Le Figaro) Risque d’effondrement d’immeubles à cause du réchauffement en Sibérie
http://immobilier.lefigaro.fr/article/en-siberie-les-immeubles-risquent-de-s-effondrer-avec-le-rechauffement_236ed796-d330-11e6-89bf-777adbd27c0b/

(01net) Effrayé par la pénurie, Apple veut acheter des milliers de tonnes de cobalt
http://www.01net.com/actualites/effraye-par-la-penurie-apple-veut-acheter-des-milliers-de-tonnes-de-cobalt-1378964.html?hash=68108cd0-a16f-4dfa-b1a9-3a8f2bf0065a&utm_medium=social&utm_source=facebook

(Euractiv) Une ville sur deux manquera d’eau en 2050
https://www.euractiv.fr/section/climat/news/une-ville-sur-deux-manquera-deau-en-2050/

(Good Planet) La hausse du niveau des océans s’accélère
https://www.goodplanet.info/actualite/2018/02/13/hausse-niveau-oceans-saccelere/

(Notre Planète) L’océan Atlantique Nord s’acidifie plus rapidement que prévu
https://www.notre-planete.info/actualites/411-acidification-ocean-Atlantique-Nord

(Le Figaro) Climat pourrait flirter avec 1.5°C en 2022
http://www.lefigaro.fr/sciences/2018/02/01/01008-20180201ARTFIG00251-climat-la-hausse-de-la-temperature-moyenne-de-la-terre-pourrait-flirter-avec-15c-des-2022.php

(Libération) Metaux rares, un véhicule électrique consomme presque autant de carbone qu’un moteur diesel
http://www.liberation.fr/planete/2018/02/01/metaux-rares-un-vehicule-electrique-genere-presque-autant-de-carbone-qu-un-diesel_1625375

(Euractiv) Mise en garde FMI : la prochaine crise économique sera plus forte et plus rapide
https://www.euractiv.fr/section/economie/news/imf-warns-of-harder-crisis-as-bullish-ceos-come-to-davos/?hash=26a33ad3-e6dc-4764-b4c5-9a8c1f5fe0b8&utm_medium=social&utm_source=facebook

(Forbes) La prochaine crise financière se prépare
https://www.forbes.fr/finance/la-prochaine-crise-financiere-se-prepare/

(Echosciences) Changement climatique : plus d’eau pour les régions humides, moins d’eau pour les régions arides
https://www.echosciences-hauts-de-france.fr/articles/changement-climatique-ressources-eau

(Libération) L’impact du changement climatique est déjà constatable
http://www.liberation.fr/debats/2018/01/10/l-impact-du-climat-sur-les-guerres-est-deja-constatable_1621531

(Le Monde) Le cout des catastrophe naturelles atteint un record
http://www.lemonde.fr/climat/article/2018/01/08/le-cout-des-catastrophes-naturelles-aux-etats-unis-atteint-un-record-en-2017_5239039_1652612.html

(Le Point) Tempête, vague de froid…, quels liens avec le changement climatique ?
http://www.lepoint.fr/environnement/tempete-vague-de-froid-quels-liens-avec-le-changement-climatique-04-01-2018-2184091_1927.php

(France TV Info) Ces 17 photos montrent que 2017 a été une année catastrophique pour la planète
https://www.francetvinfo.fr/meteo/cyclone-ouragan/ouragan-irma/en-images-ces-17-photos-montrent-que-2017-a-ete-une-annee-catastrophique-pour-la-planete_2534915.html#xtor=CS2-765-%5Bfacebook%5D-

(Le Figaro) Les vagues de froid polaire sont bien liées au réchauffement de la planète : le Figaro
https://www.facebook.com/note.php?note_id=10155422741463191

(Adastria) Addiction combustibles fossiles en graphique
http://adrastia.org/graphiques-manquants-fossiles/

(TerraEco) Interview de Pablo Servigne

http://www.terraeco.net/Pablo-Servigne-Les-plus,64497.html

 

Autres

Page Wikipédia rassemblant de la bibliographie sur les Théories sur les risques d’effondrement de la civilisation industrielle ainsi que de la bibliographie contradictoire.

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5 réflexions sur “Effondrement #2 : le chercheur et l’ingénieur.

  1. Bonjour Pierre
    A chaud.. ici touchée que tu t’exprime sur ce sujet d’imminente crise planétaire des ressources énergétiques et de minerais + effets en cascade. Cela veut-il dire aussi que tu sent concerné, toi qui te dédie ces temps-ci à explorer en direct les domaines « ailleurs » où la-ta conscience peut opérer? Y a quelques années, j’ai gouté à 6 mois d’état d’inquiétude aigüe par le sujet. Puis partie 3 ans en solo à naviguer sur les mers « loin de cela », ..sans réponse la dessus quand à « ma place à terre ». Puis appel de la terre, alors retour à elle. Depuis, acquis un grand terrain en Ardèche du Sud et l’archi qui conçoit ma petite maison bioclimatique (un ancien physicien !) lui super au fait du sujet, ne me parle que de ça : « Penser en terme de 7O ans voir plus, concevoir habitat RÉSiLiENT me dit-il, car bientôt effondrement planétaire des structures habituelles de ressources en énergie. » J’essaie de concevoir des solutions « pour ma part », car regarder l’équation intenable « 7 milliard d’humains sur planète, dont 1 vivant à l’occidental ; si les 7 vivaient comme le 1, alors faudrait 3 planète Terre! » ; bref regarder le constat froidement, j’échoue..
    Sur le terrain acquis (6OOOm2), y aura 2 habitats (1 grand déjà existant, 1 petit pour moi) et je conçois le plan d’un esprit en « habitat groupé », chacun chez soi intime et partage en collectif du terrain fertile pour possible potager permacole (permaculture, ça fait écho en toi?). Bref, jouer synergie, union collective en petits groupe. Les French ont pas le « sens du collectif » en leur « data culture » ; les Allemands et British, les Australiens et leurs voisins, si.
    Notre conscience et son évolution, son terrain de jeu majeur, c’est aussi « au sol ». J’écoute en abondance ces temps-ci THOMAS CAMPBELL, 3O ans explorant la conscience. Malgré son langage hyper technique, je devine son « point de vue d’Aigle » (métaphore) et le mental peut « voler » d’un clin d’oeil jusqu’à tel domaine « astral » sans sortir de son corps (« shift focus constantly » comme il dit), j’appelle cela « un pieds ici, un pieds là », et j’y ai gouté pendant 3 mois à l’âge de 32 ans, en mode innocente, avec effets prodigieux sur ma conscience et mon corps après. Tout ça pour te dire que si te chante l’envie de rencontrer des personnes tentant des solutions pratiques « au sol » face à cette crise imminente, je serais heureuse de t’accueillir en visite chez moi, j’emménage dans 2 mois ..et j’aspire à trouver des « co-équipiers co-équipières ». PS : je viens d’acquérir une PANDORASTAR (Marc a lancé des ateliers avec elle), mon aventure continue ! FRATERNiTÉ, Lorraine

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour Lorraine,

      Oui, impossible de ne pas se sentir concerné quand on jette un œil sur ces dossiers, me semble-t-il. Les effets systémiques touchent par définitions des systèmes ; surtout sur des systèmes aussi intriqués et interdépendants que les sociétés actuelles, extrêmement dépendantes de l’environnement et de sa stabilité, quoi qu’on puisse en penser. Qu’est-ce qu’une société sinon un groupe d’humain ; c’est-à-dire nous tous ?

      Tu dois avoir une expérience immense à raconter, 3 ans en mer ! Incroyable.

      A la vue de toutes ces informations, la résilience me parait être un objectif plus que pertinent. Les mouvements vers la permaculture et toutes ces « nouvelles » pratiques orientées vers davantage d’autonomie également. Je n’ai pas (encore?) d’expérience pratique de tout cela, mais cela fait sens. Du moins, se diriger vers la résilience… Il faudrait la définir formellement, mais cela me parait être de toute façon pertinent.

      Il y a un grand débat, de ce que je vois sur Internet et ailleurs, entre l’approche collective et individuelle. J’aurais peut-être tendance à me rapprocher des solutions individuelles, elles me paraissent plus tangibles, plus opératives… peut-être plus rassurantes ? Je ne sais pas trop. Je n’ai pas d’avis tranché sur la question. Le sujet est terriblement complexe…

      « Notre conscience et son évolution, son terrain de jeu majeur, c’est aussi « au sol ». »

      Tout est dit : aucun doute là dessus.

      Merci beaucoup pour ton retour et ton partage!

      Amicalement
      Pierre

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  2. Bonjour Pierre,

    – Définir « formellement » la notion de RÉSiLiENCE ? T’entends quoi par formellement? Quelle « forme » elle pourrait adopter concrètement, pratiquement, manifestée dans la « matière » ; vis à vis de cette crise systémique qui nous « pend au nez »? Ou bien autre « formellement »?

    – Solutions pratiques individuelle/collective :

    Tu évoque ta tendance vers solution individuelle et je devine aisément.
    A mes yeux, le JE (Ego-Moi) a son rôle majeur à jouer, je le vois comme précisément l’ACTEUR de l’individualité, de cette singularité différenciée auquel chacun goute, vis à vis du collectif indifférencié. Sans le JE, on serait des clones et alors largement privés de libre-arbitre et de pouvoir honorer « sa voie personnelle ». Et un clone c’est stérile ! (Dolly le mouton cloné est sterile.) Pour se trouver fertile aussi en libre-arbitre et différenciation, faut un JE.

    Longtemps dans ma route, j’ai réfléchi à comment construire un ÉQUiLiBRE entre mon JE et sa place/rôle au sein du collectif. Longtemps sans réponse.. Parmi tous mes visages, en existe un tellement épris de liberté, que longtemps attirée vers solution individuelle seulement. D’où mon élan vers 3 ans en mer en solitaire et avant ça 1O années d’exil à l’étranger, en mode nomade un coup ici en coup là sans habitat fixe. Mon JE individu épris de liberté, je le connais assez bien. Ma place/rôle parmi le collectif, parmi cette humanité de notre époque, je les connais largement moins..

    Il y a un mois, à la faveur d’une rencontre puissante et furtive avec une personne aux dons particuliers (contact rompu depuis, même amical, à mon regret) des scènes ont inondé ma conscience, comme si à les revivre.
    Je les ai d’abord ressenti comme de la mémoire personnelle :
    Un co-équipier masculin mort dans l’espace après une explosion dont le souffle l’a éjecté dehors. Nos corps (bien avant cela) emboités parfaitement par les bassins. Corps anthropoïdes sauf que « non-humains d’ici ». Hyper fins et légers. Sans pilosité et cheveux. Yeux type « eurasien » (bridés). Corps à premier regard, de substance fumée argentée et transparents, style fibreux laiteux. Puis à regard attentif plus rapproché, des flux bio-luminescents parcourant les membres (type ces animaux bio-luminescents des abysses). Puis un vaisseau spatial en orbite et aux matériaux organiques vivants, une vision en HD qui « m’a été donné à voir », style téléchargement de data depuis « quelqu’un d’autre » m’offrant à voir ce vaisseau (pu dessiné sa forme). Puis témoin d’une scène de funérailles collectifs en l’espace, un immense groupe debout « prêts à passer à une autre condition », comme si des volontaires.
    Ppppffff… après ça, moi bouleversée par la perte de mon aimé et celle « des miens » ; et en même temps en état d’émerveillement face à cette révélation maintenant connue qu’une part de moi est oui immortelle.

    Sauf que, depuis 2 semaines je ressent un doute quand au statut ou à la nature des ces scènes.
    S’agit de mémoire personnelle de « vie antérieure » ..ou bien d’une mémoire collective? C’est quoi la mémoire et comment fonctionne t’elle? Carl JUNG parle de la conscience collective, un réservoir mémoriel d’un « âge immense » ou résident les ARCHÉTYPES. Ceux-ci sont techniquement des fonctions cognitives, donc « sans forme », exemple le LOGOS, sauf que se conduisent comme des personnifications « formelles ». J’enquête sur le sujet depuis des années grâce à une modélisation curieuse.
    Ou bien s’agirait de scènes métaphoriques figurant un phénomène « informel » (sans forme) encore non compris par ma conscience? Tu comprends? Le mental (sa vision intérieure, son 3ème oeil) se RE-PRÉSENTE les phénomènes-data (l’information sans forme), même si cette représentation, par synésthésie a le gout de comme si « vivre cela » par tous mes sens et le voir. Le mental les encode en images sensitives et figuratives métaphoriques (personnifications et décors).

    Thomas Campbell parle beaucoup de cette opération mentale de RE-PRÉSENTATiON ou de construction cérébrale, d’un mental créateur jusqu’à affecter la matière tangible. Il raconte qu’à ses yeux le domaine « astral » est habité d’un courant d’information archétypale et que « tout » là dépend de l’OBSERVATEUR (sa consciente en état lucide projetée là) quand à quoi se manifeste à lui et à quoi il goute là et quel impact il a ici.

    Alors me voilà depuis 2 semaines à me renseigner, via l’expérience directe de personnes avisées (Thomas Campbell et son ami Robert Monroe, William Buhlmann et Todd Acemesis et d’autres expérienceurs..) et quel regard ces personnes posent sur ces phénomènes en question. ..C’est si complexe et la route est longue.

    Quel regard toi tu pose sur des scènes « apparement non humaines » auxquelles ta conscience a gouté et ressenti comme de la mémoire perso ???

    Le collectif.. Parmi tous mes visages, en existe un aussi qui le sens du collectif, du « team-game », de la solidarité en co-opération évolutive.
    Et il semble que mon mental ai accès facile à la conscience collective, au « collectif ancestral et sa mémoire ».
    Et dans le contexte « au sol » face à cette crise systémique imminente, je préfère l’option « nano-nations » plutôt que les grandes « communautés intentionnelles » où se diluerait mon JE car lui forcé à se soumettre à elles. (J’en ai gouté à quelques unes, dont celle-ci TAMERA.ORG au Portugal, l’une de plus anciennes en Europe, super expérience !). Je préfère une synergie en petit groupe, afin de préserver le JE libre de chacun.
    Car seule, Pierre, seule oui certainement je peux me débrouiller. Sauf que cette débrouille solo, elle a ses limites, celle de l’isolement. Discerner solitude libre de l’isolement, voilà l’enseignement auquel je goute et favorisant mon évolution.
    Je ressent de la trouille à viser l’aventure de ce projet d’habitat groupé (nano-groupe collectif) sur mon terrain en Ardèche, et je devine que c’est mon visage « control-freak » qui a ici la trouille.. Et la seule solution que je trouve pour le rassurer, c’est de choisir alors des personnes qui ont gouté au collectif ET intégré le rôle majeur d’un Je libre.
    Équilibre entre JE et NOUS. Quitte à passer des heures à communiquer ensemble pour s’accorder sur cet équilibre.

    Fraternité, Lorraine

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    1. Hello Lorraine,

      Quand je parlais de définir « formellement » la résilience je faisais référence au fait que le terme est utilisé dans de nombreux domaines : on parle de résilience d’un sytème, d’un matériau, mais aussi de résilience dans la psyché humaine (cf les travaux Boris Cyrulnik).

      Si on prend le mot dans sa définition « naïve » comme étant la capacité à absorber un choc tout en pouvant « rebondir » d’une manière ou d’une autre (disons vivre avec plutôt), dans le cas d’un effondrement, il me semble que la « résilience » prendrait beaucoup de visages différents en pratique, dans la forme donc, et c’est de cela dont je parlais : il faudrait être « résilient » en terme alimentaire, « résilient » en terme de santé, « résilient » en terme de choc psychologique qu’entrainerait une « simplification » de nos systèmes humains…

      J’ai été ambigü, en fait, je voulais dire : de quelle résilience parle-t-on ?

      Je vais essayer d’expliciter un peu ce que j’entendais quand j’évoquais grossièrement les solutions individuelles vs les solutions collectives, j’ai à nouveau été trop ambigü.

      Par solution collective, je faisais surtout référence à une solution politique en fait, dans le sens traditionnel du terme, dans le sens parti politique – assemblée nationale et toutes les structures étatiques traditionnelles.

      Si effondrement il y a, je ne crois pas que de telles structures puissent « tenir » ou puissent être « résilientes ».

      J’aurais donc tendance, peut-être naïvement, à me diriger vers des « solutions », disons des « alternatives » soclées sur l’individu (pas isolé) ou le petit groupe local qui me semblent être beaucoup plus résilientes.

      En terme de survie brute, dans le cas précis d’un effondrement, le petit groupe me parait être plus résilient que la macro-structure. A l’analyse, c’est assez logique finalement, mais ça peut se discuter.

      Quand je parlais de solution individuelle, j’ai (décidemment) été à nouveau ambigü puisque je faisais référence à une solution à l’échelle de l’individu que je défini, en fait, je me rend compte, comme étant un groupe dont la taille minimum est de un ou deux, et la taille maximale quelques personnes (peut-être dizaines ? je n’en sais rien) ?

      Je pense que la notion clé à vraiment voir est celle que tu as pointé : l’équilibre. L’équilibre entre le JE et le NOUS, effectivement.

      Toute la question de la vie « en communauté »…

      Je n’ai aucune réponse pertinente pour l’instant… Il me faudra méditer et expérimenter sur la question à l’occasion.

      —-

      Concernant la mémoire, le sujet est immense et terriblement complexe. Je compte rédiger un article complet sur la mémoire, j’essaierai de répondre à tes questions de manière plus détaillée dans l’article.

      Ce que je peux essayer de dire sur la base de ce que je vis, c’est pour commencer que je pense que l’oubli n’existe pas.

      Je pense que ce qu’on appelle « oubli » est basé sur une erreur de perception, on appelle « oubli » une incapacité à focaliser, notamment par le phénomène d’évocation, son attention sur un phénomène qu’on peut appeler « mémoire ».

      La mémoire semble avoir des substrats nombreux, biologiques, oui, mais pas seulement…

      En gardant en tête que… je ne sais pas grand chose, vraiment pas grand chose !

      Toute cette complexité est vertigineuse.

      Ce que je peux te dire de manière absolument certaine, c’est qu’une partie de ce que je me souviens n’appartient pas à ce corps. Pour être plus explicite, j’ai des souvenirs très nets d’une forme d’existence qui n’implique pas mon corps actuel. Je ne parle pas de vagues souvenirs, mais de puissants souvenirs personnels, les miens en fait, embarqués dans une complexité immense ; souvenirs qui ont mis en perspective les bouts de ma personnalité actuelle comme de simples reliquats de ce que « j’étais ».

      C’est difficile à décrire… Les articles sont actuellement « au charbon » pour essayer d’en parler, mais c’est pas évident.

      Je pense, parce que je le vis, qu’il existe des « souvenirs » inaltérables, qui ne perdent pas de leur substance avec le temps. Ils sont toujours les mêmes, toujours aussi puissants, toujours aussi nets, et précis.

      Ces souvenirs sont plus que des scènes visuelles impersonnelles.

      Certains souvenirs sont les nôtres, les « vrais » ! De cela, j’en suis « formel ».

      Amicalement
      Pierre

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