Derrière la pensée

Certaines réflexions écrites à la suite d’expériences dans lesquelles je ne percevais aucune pensée, comme si ma conscience avait fait un zoom arrière.

Zéro pensées.

Pas un peu, pas de pensées lointaines. Pas du tout de pensées. De la conscience seule.

Peut-être n’aurais-je pas vraiment cru cela possible si je ne l’avais pas vécu. Peut-être me serais-je dit : « c’est la pensée qui génère ces expériences, maligne comme elle est ».

Mais non, cela n’a rien à voir.

L’expérience n’est pas difficile à reproduire. Rien à faire, rien à accomplir, rien à ajouter, rien à comprendre, pas besoin de faire semblant, ni de se mentir : toutes ces choses sont accomplies par la pensée et c’est précisément de quoi il n’est pas question.

J’étais véritablement plus que la pensée, plus que mon identité actuelle : en fait, j’étais derrière. J’étais comme devenu « l’espace » qui soutenait tout cela.

(Re ?) Découvrir ces états sont plus que des amusettes pour l’esprit pour moi. Plus que des conceptions intellectuelles pour se croire plus intelligent ou plus raffiné que ce qu’on est vraiment : en fait, c’est de l’oxygène brut, c’est même plus que cela. La pensée peut-être un outil génial ou un champs de bataille incompréhensible, bruyant et chaotique, ça dépend de pas mal de facteurs, dont le degré d’accroche et d’identification. J’ai fini par comprendre ça, mille ans après mon arrivée sur Terre. Pourquoi on n’apprend pas ça à la maternelle ? J’aurais gagné un temps fou.

Croire qu’on est défini par « ses » pensées, qu’on est ce qu’on pense, ou ne pas prendre au sérieux ses pensées sont deux utilisations vraiment différentes d’une même perception.

Je suis tombé un jour sur une interview du moine Thich Nhat Hanh qui disait en rigolant :

« Je pense, donc je suis pas vraiment là »

J’ai trouvé ça très intelligent : c’est à la fois beaucoup plus subtil que ça en a l’air, et c’est une formule amusante.

Quand on découvre ces états, la pensée devient quelque chose de très différent alors qu’elle n’a pas changé a priori : c’est notre rapport qui change. La pensée reprend sa place naturelle : un outil.

L’identification à la pensée n’est pas quelque chose qui serait uniquement réservé au seul mental : le corps physique (et le reste) réagit différemment selon le degré d’identification, cela peut se vérifier facilement en s’observant.

Bien sûr, pour décrire cela, il faut utiliser des mots qui, par essence, clivent ce qui n’est pas forcément clivé, évoquent des chaînes de pensées et forment des paradoxes logique d’apparence insolubles là où il n’y en a pourtant aucun. Comment décrire par exemple le fait de porter son attention sur le fait d’observer ? Comment décrire « ce » qui contient des expériences et des perceptions sans décrire ce qui est expérimenté et perçu, et en sachant que « ce » n’existe pas en tant qu’objet ?

Cela parait simple au premier coup d’œil, mais ça ne l’est pas tant que ça avec les mots actuels (du moins en français). Il faut séparer l’attention de la pensée. Séparer la conscience de la pensée et ainsi de suite.

Pas mal de philosophie se cassent les dents depuis des siècles pour élaborer des théories de la connaissance (suis-je séparé de ce que j’observe ?) et des philosophies existentielles : c’est un sujet passionnant mais terriblement difficile à mettre en mot.

Si on essaie d’aborder l’édifice avec la seule logique alors on s’arrêtera aux premiers gros paradoxes. L’expérience permet d’aller plus loin. Sans avoir besoin de rien.

Ce qui suit va être court, contrairement à mes habituels articles de mille milliard de lignes, mais pourtant vraiment intense en terme d’expérience. Je n’ai pas vécu ces états comme intenses dans le sens émotionnel du terme, en fait, c’est une espèce de paix très profonde qui s’est installée naturellement, mais pas seulement…

Je pourrais donc synthétiser comme suit :

Je pense.

Je m’observe penser.

Si je peux m’observer penser, alors, je ne suis pas que ma pensée.

Autrement, comment saurais-je que je pense ?

D’ailleurs, qui sait que « je » pense ? Qui me permet de voir les pensées ? Je pense à un arbre. Comment sais-je que je pense à un arbre ? Qui m’informe ? Une autre pensée ? Autre chose ? Où apparait l’arbre ? Dans quel espace ?

Mes perceptions, qu’elles soient sensorielles, ou de simples pensées, prennent place dans un espace, sans lequel « je » ne saurais pas que « je » les perçois. Le silence entre les notes.

Je ne suis pas que « mes » perceptions, pas plus que la somme de « mes » pensées.

Je suis plus que cela.

En remontant des cascades de pensées : je ne suis pas ce que je perçois, ni ce que je connais, mais le fait de connaître lui-même, l’espace qui permet cela ; la lumière qui éclaire ce que « je » vois pour que « je » puisse le voir. Ce qui voit, ce qui permet de voir, mais « ce » n’est pas une chose, « ce » n’est rien, un espace sans limite.

Si je m’identifie à ce qui se passe dans cet espace, alors, je peux créer une identité : ma pensée aura toute mon attention, et fera ce qu’elle sait faire de mieux : découper la réalité en morceaux comestibles pour cette identité.

Je peux stocker des identités dans l’énergie, dans la matière même : mais si je cherche vraiment en profondeur, je réalise que je ne suis toujours pas cela, au fond.

Je peux choisir d’aller en sens inverse et ne pas créer d’identité avec ce qui est perçu.

Sachant que la pensée me sert à découper, à juger, à prendre position, pour me placer derrière elle, « je » ne dois plus découper, plus juger, plus prendre position : je ne crée plus d’identité, et je ne m’identifie pas à ce qui est perçu.

Les pensées glissent et rien ne les retient, mon attention n’accroche plus aucune pensée, plus aucune, même celles qui hurlent que le monde va s’arrêter si on arrête de les regarder. Comme si les pensées ne pouvaient vivre qu’avec l’énergie provenant de l’attention.

Les pensées s’espacent et j’ai l’impression de sortir d’un rêve.

Puis la pensée n’est plus du tout et « je » suis plus que ce que j’aurais jamais pu créer.

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Une réflexion sur “Derrière la pensée

  1. Très intéressant ce développement sur le processus de la pensée. C’est vrai, dans le quotidien on s’identifie souvent à ses pensées. Tout cela me fait pensée à la doctrine bouddhique oû l’un des enseignements est le détachement et l’annihilation de toute pensée. Très intéressant ces lectures…

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